L’été 1954 a marqué un tournant décisif dans l’histoire de l’indépendance de l’Algérie. La Coupe du Monde de football bat son plein dans plusieurs villes de Suisse, dont la capitale, Berne. C’est là qu’auront lieu des réunions secrètes qui participeront à déterminer le déclenchement de la Révolution algérienne.
Au cours des années 1950, notamment pendant l’été 1954, des figures historiques de la Révolution comme Ahmed Ben Bella, Mohamed Boudiaf, Didouche Mourad, Yacef Saadi et Ben Boulaïd sont venues à Berne d’Alger, du Caire ou de Paris. Ils organisent le déclenchement de l’insurrection armée.
Ahmed Ben Bella aurait plus tard relaté à Charles-Henri Favrod qu’après cette réunion « il a arpenté l’immense pont du Kirchenfeld, désert dans la nuit » et que plus tard, durant la lutte, il n’aurait « jamais oublié la nuit bernoise, le pont du Kirchenfeld désert, ni la lune qui faisait briller l’Aare et la coupole du Palais fédéral. »

Le 23 octobre 1954, Rabah Bitat, Mostefa Ben Boulaïd, Didouche Mourad, Mohammed Boudiaf, Krim Belkacem et Mohamed Larbi Ben M’hidi se retrouvent à Alger, Pointe-Pescade (aujourd’hui Rais Hamidou) pour finaliser les préparatifs de l’insurrection, et notamment décider de la date de son déclenchement. Avant de se séparer, ils posent chez un photographe de la rue de Marne à Bab el Oued, immortalisant ce moment historique.

Mohamed Boudiaf se rend ensuite à Genève, puis Berne d’où il adressera, le 29 octobre, une lettre aux membres de la future délégation extérieure du FLN (Hocine Aït Ahmed, Ahmed Ben Bella et Mohamed Khider). Il s’agit du premier document connu de la main de Boudiaf mentionnant explicitement la date du 1er novembre pour le déclenchement de l’insurrection. Dans cette missive, il écrit : « la circoncision aura lieu le 1er novembre à 1H (31 au soir) », le terme « circoncision » étant le nom de code du déclenchement de la Révolution.

Ahmed Ben Bella et Mohamed Khider
(source : Le Courrier Alger – Le Caire 1954-1956, Mabrouk BELHOCINE, Editions Casbah, Alger, 2000)
Ainsi Berne est devenue un lieu décisif de préparation et de communication des premières étapes de la guerre d’indépendance algérienne. La ville et ses lieux emblématiques comme le pont du Kirchenfeld et le Palais fédéral entrent dans la mémoire des révolutionnaires, encore bien avant que la Suisse endosse son rôle de médiatrice pour les Accords d’Evian et l’indépendance de l’Algérie.
C’est aussi à Berne que le ministre suisse Max Petitpierre décidera dès décembre 1960 d’encourager son diplomate Olivier Long à répondre positivement à la proposition d’un premier contact avec le représentant du GPRA Taïeb Boulahrouf. Le gouvernement dans son ensemble soutiendra dès 1961 la démarche de Max Petitpierre avec les moyens nécessaires pour assurer la sécurité des délégués du GPRA sur le territoire suisse pendant les négociations officielles d’Evian.
